La méthode
C'est la lecture d'une conférence de Rudolf Steiner (philosophe et pédagogue autrichien du début du XX°siècle) intitulée « Marcher - Parler - Penser » qui interpella Béatriz Padovan. Dans cette conférence, R. Steiner décrit les trois étapes des trois premières années de la vie humaine comme essentielles, mais surtout il mentionne leur inter-relation : l'étape du «Marcher» prépare l'étape du «Parler» qui prépare l'étape du «Penser». Mme Padovan prit alors conscience qu'en orthophonie traditionnelle, elle rééduquait les difficultés de langage par des exercices liés au langage. Si cela améliorait certaines déviances, beaucoup d'autres persistaient, comme si seul le symptôme était soigné sans atteindre la cause. Elle décida alors de se pencher sur l'étape qui précède la parole selon R. Steiner : l'apprentissage de la marche.
Mme padovan s'interressa alors aux travaux effectués dans les années 50 par Temple Fay (neurochirurgien américain). Celui-ci avait fait le tour du monde avec une caméra afin d'observer les différentes phases de l'apprentissage de la marche chez les enfants de diverses origines. Il observa alors que tous les enfants ''normaux'' passaient par les mêmes étapes et avaient les mêmes mouvements stéréotypés pour cet apprentissage. Temple Fay répertoria cette succession de mouvements de base (patrons) en les reliant avec la notion d'organisation neurologique.
À son époque, Temple Fay apporta un éclairage nouveau sur l'organisation neurologique liée au développement du mouvement chez le petit enfant. Il décrivit comment, partant de l'horizontale de son berceau et allant vers la verticale de la marche adulte, l'enfant va passer par des étapes telles le « roulé » le « rampé » et la « marche à 4 pattes ». Selon lui, c'est la répétition de certains mouvements stéréopytés durant les premières années qui engramme de manière durable une grande partie des réseaux synaptiques qui seront utilisés tout au long de la vie. Aujourd'hui, grâce aux recherches scientifiques, nous savons que notre système nerveux n'est pas achevé à la naissance. Même si les neurones sont presque tous présents, leur ''câblage'' (synapses) reste incomplet et sera intimement lié aux stimulations sensorielles, motrices et affectives des premières années de la vie.
Mme Padovan, à partir des observations de Temple Fay, proposa de récapituler tous les mouvements de base (incluant ceux cités ci-dessus) dans une seule séance. À cette récapitulation des mouvements corporels, elle ajouta le fruit de ses propres recherches (cf: Historique) sur la maturation neurologique des fonctions de la bouche : pour parler, nous utilisons les mêmes circuits nerveux et les mêmes muscles que pour respirer et manger. Selon elle, l'étape du « Parler » sera aussi améliorée par la récapitulation des mouvements de base liés aux fonctions de la bouche, c'est à dire : la respiration, la mastication, la succion et la déglutition. D'autant plus que ces fonctions neuro-végétatives sont également reconnues comme étant des fonctions pré-linguistiques.
La séance est complétée par une récapitulation des mouvements de base liés aux développements respectifs des yeux et des mains. Enfin, Mme Padovan ajouta une composante importante de la Méthode : le rythme. Facteur thérapeutique par excellence, le rythme fait partie intégrante de la vie. Ainsi, l'exécution de chaque mouvement se fait au rythme de poèmes ou comptines récités par le thérapeute.
En résumé, la Réorganisation Neuro-fonctionnelle est une approche thérapeutique qui s'appuie sur le concept de l'organisation neurologique. Ce concept est important car pour prétendre ''réorganiser'' le système nerveux central, il faut bien connaitre son processus de maturation.
La Méthode respecte donc la séquence du développement humain (ontogénèse) puisque cette séquence neuro-évolutive est ''revisitée'' à chaque séance de thérapie. Elle stimule de manière naturelle et physiologique le potentiel génétique du système nerveux central, ce qui contribue à le rendre plus efficient et mieux organisé afin de prévenir ou de combler ses failles. Le principe est simple mais reconnu efficace puisque la répétition, le rythme et la régularité des mouvements ont pour effet de stimuler le phénomène de plasticité neurale.
Des études récentes sur la plasticité neurale et la capacité du système nerveux central à récupérer et à se développer à partir de la fonction motrice, valident le principe de cette thérapie. Des sommités tels Jean Piaget (psychologue suisse, fondateur de l'épistémologie génétique) sont d'avis que le développement des fonctions supérieures du système nerveux est dépendant des fonctions motrices. |